Annoncé au conditionnel cet hiver, le rachat de l’ex-siège de la Banque Populaire de l’Ouest (BPO) est confirmé. Après travaux, il accueillera les apprentis du bâtiment.

Odile Decq a balayé toute polémique hier soir, invitée à l’inauguration d’une expo consacrée au bâtiment de l’ex-siège social de la BPO qui se tient jusqu’à la fin du mois à l’École nationale supérieure d’architecture de Bretagne (Ensab), à Rennes.
Un bâtiment un temps promis à démolition (« Nous essayons de le vendre depuis trois ans mais nous ne trouvons pas d’acquéreurs », justifiaient alors les responsables de la banque) mais qu’une pétition – 1 100 signatures – et surtout l’intervention en juillet d’Emmanuel Couet, président de Rennes métropole, relayée par l’association de la Plateforme auprès de Pierrick Massiot, alors président de Région et de Jean-Luc Chenut, président du Département, ont sauvé. « C’était devenu une volonté politique, salue Odile Decq. Sans mobilisation de la Direction régionale des affaires culturelles, des politiques locaux, le ministère n’aurait pas bougé. »
Comme pressenti cet hiver, c’est bien le centre de formation des apprentis qui s’y installera, actuellement à l’étroit dans ses locaux grégoriens. « Une très belle issue », salue Odile Decq, l’architecte qui avait réalisé en 1990 ce bâtiment avec Benoît Cornette, qui avait reçu de nombreux prix, ravie que les apprentis « puissent y toucher la matière de l’expérimentation. »
Rien n’est dessiné des futurs aménagements qui seront confiés « à des architectes grégoriens ». ce que l’on sait en revanche, c’est que « conçu en plateau libre, l’immeuble ne subira qu’une transformation légère, qui ne modifiera pas le bâtiment dans sa déambulation ». Quant à sa structure, « elle ne bougera pas ».
Mais il faudra envisager des aménagements techniques, « pour répondre aux nouvelles normes ». Pour retrouver aussi les qualités thermiques du bâtiment, « premier immeuble de bureaux à structure métallique avec double vitrage suspendu. Un édifice rafraîchi et non climatisé, bioclimatique avant l’heure, c’est d’ailleurs pour cela qu’il a été primé à l’international », précise Odile Decq.

Des stores sophistiqués

Et qu’on ne lui assure pas qu’il y faisait trop chaud l’été, frisquet l’hiver et que c’est en partie pour cela que le siège de la BPO a déménagé. « Les responsables de l’époque disaient qu’il y faisait bon », appuie l’architecte. Mais il fallait « faire des réglages, il y avait un contrat de maintenance les premières années ». Une maintenance par la suite « insuffisante », estime l’architecte, « petit à petit le bâtiment s’est dégradé ».
Était-ce une maintenance onéreuse ? « Je ne sais pas. Mais des bâtiments comme cela, unique à l’époque, aujourd’hui il y en a partout dans le monde et tout le monde sait les maintenir en l’état, pourquoi pas ici ? »
Si elle n’investira pas dans la rénovation, Odile Decq a proposé ses conseils à l’équipe qui s’en chargera. « Pour les stores ils auront besoin de moi, c’est une technique sophistiquée. »
L’ex-siège de la BPO restera l’œuvre d’Odile Decq et Maurice Bourrigaud qui a succédé cet automne à Yves Breu à la direction générale de la banque, salue « un magnifique projet porté par Hugues Vanel, le président de la Fédération régionale du bâtiment de Bretagne ».
À Nantes, Odile Decq a eu moins de chance. Sa bibliothèque à la faculté de droit et sciences humaines a été modifiée deux ans après son inauguration, « ils lui ont fait une extension, sans me consulter, ils l’ont abîmée ». Puis, d’un geste de la main, « c’est oublié. Mais je n’y suis jamais retournée ».

Article du journal Ouest France du 13 mai 2016