Le bâtiment en Bretagne représente 8% des emplois. Un secteur qui connaît aujourd’hui un regain de forme, pour autant qu’il sache faire face aux mutations en cours. La transition numérique en est une.

Un maître d’œuvre tablette en mains sur un chantier, ce n’est pas encore le cas, mais cela ne saurait tarder. Comme partout ailleurs, la transition numérique est en marche dans le bâtiment. Une mutation, pardon une révolution. C’est d’ailleurs le thème des assises de la construction qui se tiennent aujourd’hui au palais des congrès à l’initiative de la Fédération Régionale du bâtiment.

« Le numérique transforme la société, pourquoi pas le construction », interroge Nicolas Lebon, secrétaire général de la FFB Bretagne. De l’architecte au commercial, tous les secteurs sont concernés.

À ce titre, l’émergence de la maquette numérique est en passe de bouleverser profondément les rapports à la construction. De la conception en deux dimensions, on va passer à la 3D. « Un changement qui va permettre de mieux visualiser et mieux comprendre ce que l’on construit. » Le BIM (Building information modeling) ou modélisation des données du bâtiment deviendra à terme un standard dans la construction. Une norme qui s’imposera à tous les marchés publics d’ici à cinq ans, a annoncé récemment Emmanuel Macro. En Angleterre, et aux États-Unis, c’est déjà le cas. « Aujourd’hui, entre le plan et la construction, on constate toujours un décalage. Avec le BIM, tout aura été prévu à l’avance. La 3D permet de mieux appréhender les blocages », analyse Nicolas Lebon. Une meilleure efficacité pour éviter d’accumuler les retards sur les chantiers. « Il n’est pas rare que les artisans soient obligés de déconstruire ce qu’ils ont fait après avoir constaté des modifications entre le plan et la réalisation. » De fait, les coûts explosent. Là, ils devraient être contenus. « Jusqu’ici, chaque corps de métiers travaillait selon ses propres schémas. Désormais, il va falloir partager », insiste Hugues Vanel, président de la FFB Bretagne.

Changer les rapports aux clients

La transition numérique affecte également la relation aux clients. « Les constructeurs et artisans doivent revoir leurs sites internet. Cela modifie également la manière de vendre sur internet ». et ce, d’autant plus, que les particuliers, par exemple, piochent déjà sur internet pour nourrir leurs projets. « À nous d’être encore plus professionnels », ponctue Hugues Vanel. Enfin, le support numérique va faire évoluer la gestion des chantiers. « À l’aide d’une tablette, on pourra prendre des photos pour faire un reporting sur l’évolution d’une construction pour tenir le client au courant. Nous aurons donc la possibilité de transporter le bureau sur un Smartphone. Le gain de temps sera évident et le rapport à la clientèle différent. »

Une révolution majeure qui, bien entendu, doit s’accompagner d’un vaste plan de formation. « Former les compagnons, ce sera d’ailleurs un investissement majeur », prédit le président de la FFB Bretagne. Reste que comme toute mutation, certains risquent d’en perdre leur latin.

Article du journal Le Télégramme du 21/04/16