Entretien avec Hugues VANEL

Quels sont les enjeux du numérique pour le bâtiment ?

« Building Information Modeling » ou BIM, outils connectés, business sur Internet et bien sûr formation constituent les principaux enjeux pour la décennie à venir. En matière de bâtiment, le réacteur de la transition numérique est le BIM. Aujourd’hui, je dirais qu’il existe 5 % de pionniers, 15 % de suiveurs et une très grande majorité d’entreprises pour qui, ce futur parait très éloigné. Cependant, elles sont de plus en plus nombreuses à participer aux réunions de sensibilisation que nous menons sur le sujet. Il faut dire que les initiatives, comme celle très récente du Conseil régional qui rend désormais le BIM obligatoire dans ses appels d’offres pour la construction des lycées, les incitent à s’intéresser à ce nouvel outil. D’autres collectivités peuvent et vont emboîter le pas rapidement. Les entreprises de gros-œuvre qui feront le choix d’externaliser le BIM auprès des nouveaux entrants, risquent à terme de voir leur savoir-faire leur échapper. De manière à éviter l’ubérisation du secteur, nous incitons fortement les PME à ne pas se dessaisir de leur savoir-faire, à intégrer dès aujourd’hui le BIM, les outils connectés et à former leurs équipes.

Quels sons les autres enjeux ?

Bien que central, la digitalisation du secteur ne repose pas uniquement sur l’utilisation de la maquette numérique. Nos assises de la construction, le 21 avril dernier, ont démontré des enjeux plus vastes, allant du suivi de chantier par outils connectés à la stratégie commerciale autour de l’e-commerce. Ces autres dimensions de la transition numérique sont aussi importantes que le BIM qui reste malgré tout l’objet de toute notre attention à l’égard de l’ensemble des acteurs de l’acte de construire.

Avec les outils connectés, les métiers changent, où en sont les formations ?

Oui, derrière ces investissements matériels il y a de gros enjeux de formation. Il est essentiel que les salariés du secteur sachent utiliser la maquette numérique en lien avec les autres acteurs (architectes, bureaux d’études, fournisseurs de matériaux…), faire les métrés… C’est pourquoi, au sein de la FFB Bretagne, nous sommes en train de monter un certain nombre de formations en lien avec le BIM, mais aussi les objets connectés et l’utilisation d’internet dans la relation-client. Nous avons déjà formé plus de 75 professionnels à la découverte du BIM et commençons des formations de 3 jour pour les correspondants BIM. Nous conseillons aussi les entreprises sur les différents choix technologiques qui s’offrent à elles, selon leur domaine d’intervention. C’est une transition qui va prendre du temps. Mais je constate une réelle prise de conscience notamment chez les entreprises de gros-œuvre et de clos couvert qui sont directement menacées par l’arrivée de nouveaux acteurs. Le BIM impose de changer les méthodes de travail de chacun pour faire mieux, ensemble. Il faut mettre en place et tester les nouveaux flux de travail, créer les standards, les gabarits, etc. Il est donc urgent que les PME s’emparent du sujet dès maintenant. Nous sommes là pour les accompagner !