CAHIER SPECIAL SUR L'EAU - le nouvel or bleu

Eau sur les chantiers : la FFB mise sur deux programmes de R&D pour outiller les entreprises.

Avec la multiplication des épisodes de sécheresse, les chantiers du bâtiment sont de plus en plus exposés aux restrictions d’usage de l’eau. Dans certaines situations, les préfectures peuvent limiter, voire suspendre, l’activité. Pour aider les entreprises à s’adapter, la FFB a lancé deux programmes de recherche et développement métiers : l’un pour le gros oeuvre, l’autre pour les métiers de la façade.
L’enjeu est simple : mieux connaître les consommations réelles afin de pouvoir les réduire, les justifier et sécuriser la continuité d’activité.
Sur les chantiers, l’eau est utilisée à de nombreux moments : bases vie, nettoyage, cure du béton, enduits, peintures, carrelage. Pourtant, ces consommations restent souvent mal mesurées. La FFB a donc engagé des démarches fondées sur des relevés instrumentés, afin d’obtenir des données fiables et comparables.
Métiers du gros-œuvre

Dans le gros œuvre, la difficulté est que beaucoup de chantiers ne disposent que d’un seul compteur, ce qui ne permet pas de distinguer les usages. La FFB teste donc des compteurs communicants sur des chantiers pilotes. Les données sont croisées avec l’effectif, les tâches réalisées, la météo et les périodes d’arrêt. Objectif : repérer les fuites, les usages intempestifs, les process trop gourmands et les mauvaises pratiques, puis déployer des solutions concrètes : réglages, réparations, réorganisation des tâches, recyclage des eaux et formation des équipes. Plusieurs sites pilotes ont déjà été déployés dans des zones de stress hydrique.

Ce travail fait écho au témoignage de Pierre Bettoli (Directeur de l’ingénierie du groupe Angevin), qui a mis en place une feuille de route eau avec un objectif de baisse de 10 % d’ici 2030. L’entreprise a instauré un double comptage séparant base vie et chantier, afin de mieux suivre les consommations. Elle utilise aussi des électrovannes avec horloges (environ 500€ l’unité) pour couper l’eau la nuit, le week-end ou les jours fériés, limitant ainsi les fuites. Angevin teste également un système capable de suivre plusieurs postes de consommation et de couper l’eau en cas d’anomalie. Pour lui, l’enjeu est clair : il faut mesurer pour agir.

Métiers de la façade

La FFB a mené une enquête nationale auprès de 575 entreprises du ravalement couvrant toutes les régions métropolitaines. Cette étude vise à mieux comprendre les pratiques de gestion de l’eau et à construire des ratios de consommation plus solides. Elle s’est concentrée sur trois points : le nettoyage des façades avant travaux, le nettoyage des machines à projeter l’enduit hydraulique et les bonnes pratiques hydro-économes déjà appliquées par les entreprises. Une seconde phase prévoit désormais la pose de compteurs d’eau chez des entreprises volontaires, afin de confronter les déclarations à des mesures réelles.

Ce programme rejoint directement le témoignage de Jean-Christophe Thézé, dirigeant d’une entreprise éponyme de peinture et de ravalement. Confronté aux arrêtés sécheresse, il a dû reporter plusieurs chantiers, avec des conséquences fortes sur l’organisation et la relation client. Pour sécuriser son activité, il investit dans une cuve de récupération d’eaux pluviales de 12 500 litres, alimentée par les toitures de l’entreprise. Malgré un investissement d’environ 25 000 euros, il considère cette dépense comme une assurance pour l’avenir, une manière d’être plus robuste pendant les périodes de stress hydrique. Pour lui, l’eau est devenue une véritable matière première : un enjeu économique, environnemental et stratégique.

Au fond, ces programmes traduisent une même ambition : faire de la sobriété en eau une condition de continuité d’activité. Dans un contexte où les restrictions peuvent tomber vite, disposer de mesures fiables devient un outil de pilotage, de négociation et d’investissement. La FFB veut ainsi permettre aux entreprises de mieux anticiper les restrictions, mieux justifier les investissements et mieux maintenir leur activité malgré les tensions sur la ressource.

Quelles solutions face aux risque inondation ?

Face au risque inondation, les entreprises du bâtiment ont un rôle essentiel à jouer. Au-delà de la réparation après sinistre, il s’agit désormais de prévenir, adapter et protéger les ouvrages pour limiter les dommages et accélérer le retour à la normale.

Pour accompagner les professionnels, la FFB, avec le CEPRI et la Fondation Excellence SMA BTP, a publié deux calepins de chantier dédiés à la prévention des inondations. Ces outils de terrain présentent des solutions techniques concrètes selon les situations : protection des ouvertures, traitement des réseaux, sécurisation des équipements électriques, choix des revêtements, aménagement des sous-sols et des vides sanitaires, ou encore mise en place de protections adaptées.

Pensés pour les artisans et entreprises du bâtiment, ces guides permettent de mieux conseiller les clients en zone inondable et d’intégrer le risque dès la conception ou la rénovation. Une approche pragmatique, lot par lot, pour construire des réponses efficaces et durables face aux épisodes de crue.

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